ENcyclopédie des Faits ORdinaires Extraordinaires
Le monde est fou et court à sa perte.
Thomas Bernhard (1931-1989)

Maurice Di Scuillo, le dernier des morts

Pour une fois je ne vous propose pas un article que j’ai rédigé. Je vous recopie juste un faire-part de décès que j’ai trouvé dans Le Monde du vendredi 4 septembre 1998, n°16673. Ce qu’il y a d’amusant, c’est que je ne lis jamais les journaux, et encore moins la rubrique nécrologique. Pourtant en allant à la bibliothèque municipale de ma ville, ce samedi 5 septembre 1998, j’ai pris un journal qui traînait sur une table et je l’ai feuilleté un peu au hasard.

Maurice DI SCUILLO est mort.
Alertés par l’odeur, les voisins ont appelé la police.
Maurice était mort depuis 10 jours,
Environ.
Rue des Cévennes, à Paris.
Maurice était prolétaire.
Il a toujours fait face tout seul, sans embêter personne.
Maurice était orphelin de père.
Sa mère l’avait élevé seule...
Maurice a accompagné les dernières années de la vie de sa mère,
Filialement.
Il était seul à son enterrement.
Absolument seul.
Le jeudi 8 septembre 1994.
Ça arrive plus souvent qu’on croit, chez les prolétaires.
Il l’a révélé plus tard à quelques copains.
Puis il a été expulsé de la pièce de vingt mètres carrés qu’occupait sa mère.
C’est là qu’il a commencé à lâcher la rampe, Maurice.
Un copain l’a hébergé. Il a connu le chômage, le RMI.
Mais il embêtait personne.
On a pas pu l’aider. On a pas su l’aider. D’ailleurs y voulait pas.
Il était raide Maurice. C’était un insoumis, intransigeant.
Un objecteur de conscience,
Un pacifiste radical.
Un déserteur de la première, de la deuxième, de la troisième guerre Mondiale.

Ses copains ne payèrent pas d’enterrement à Maurice.
Pour chasser le regret de n’avoir pas su l’aider à vivre ?
D’ailleurs c’était pas possible. Et puis c’est trop tard.
Le service des indigents de la Préfecture de Paris fera ça très bien,
Et gratuitement.
C’est pas souvent qu’il aura bénéficié de quelques choses de gratuit, Maurice.
Si, ... de la vie...
Il était né le 5 août 1946. Il est mort à cinquante deux ans.
Qu’est ce qu’on peut faire pour lui..., à Maurice...
Rien.
Si.
Vivre...
Vivre dignement !
C’est déjà bien assez difficile.
Il était digne Maurice. C’est notre soldat inconnu.
Il est éternel Maurice.

Ceux qui l’ont connu, ceux qui veulent participer à ce faire part, peuvent écrire à :
     Robert Quivaux
     75, rue des Cévennes,
     75015 Paris.

Nous envisageons, fin octobre, une réunion pour parler de lui.
Le lieu et la date seront fixés en fonctions des réponses.

     Les copains de Maurice.

Source :
- Le Monde, vendredi 4 septembre 1998, n°16673

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